Des sciences sociales révolutionnées par la technique?

Révolution numérique, accès à de grands ensembles de données, nouvelles formes de travail collaboratif: outils et méthodes des SHS sont en pleine mutation. Avec quelles conséquences, demain, sur les capacités des chercheurs à analyser le passé et le futur des sociétés? Quels nouveaux points aveugles et quels biais? Quelles dynamiques relancées ou empêchées entre les disciplines? Quelle place accordée à l'outil technique dans le travail scientifique et quelle réflexivité à son égard? Ces questions seront au centre de l'une des sessions du grand colloque interdisciplinaire et international, « Les sciences sociales au 21e siècle » par lequel, les 15 et 16 juin, s'ouvrira la « semaine anniversaire » de l'EHESS.

Through the digital revolution, access to big data, and new forms of collaborative work, the tools and methods used by the social sciences are deeply changing. What are the consequences for tomorrow, on the capability the researchers have to analyse the past and futur of societies ? What new blind spots and biases does it conjure ? What dynamics are being fostered or hindered between the various fields ? What space are being created for the technical tool in academic work, and how can they be reflected upon ? These questions are at the core of one session of the interdisciplinary and international colloquium "Humanities ans the Social Sciences in the 21st Century", which opens on the 15th and 16th of June the ‘Anniversary Week’ of the EHESS.

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Quel est l’objectif du colloque? / What is the aim of the colloquium ?

Mieux comprendre comment vont évoluer les sciences humaines et sociales dans les années qui viennent. Mieux saisir quel sera leur rôle social et politique dans le monde de demain. Comment ? En conviant, durant deux jours, des chercheurs français et étrangers de renom, appartenant aux différentes disciplines de ces sciences et représentant des traditions scientifiques variées, et en les invitant à débattre entre eux et avec le public.

To better understand how the social and human sciences will evolve in the years to come. To have a better understanding of what will be their social and political role in tomorrow’s world. How ? By gathering, for two days, renowned researchers from France and abroad, who belong to the various disciplines of those sciences and represent varied scientific traditions, and by inviting them to debate with one another and with the audience. Click here to find the full programme of the colloquium.

Quel est l'objectif de la première session, « La pratique de l'enquête »? / What is the scope of the first session, “Techniques of Inquiry” ?

Mieux comprendre comment évolueront, dans les années et les décennies prochaines, les techniques, les outils et les méthodes qui permettent aux chercheurs d'étudier la réalité sociale. Et anticiper ce que seront les conséquences, positives ou négatives, de ces évolutions sur les modalités de collaboration entre chercheurs, sur l'interdisciplinarité et sur les capacités individuelles et collectives d'analyse du réel.

Pas de sciences sociales sans enquête empirique, ni recueil de matériaux et de données. Or cette dimension fondamentale des SHS se trouve aujourd'hui en plein bouleversement. Des humanités numériques aux enquêtes collaboratives de grande ampleur, en passant par les big data, les techniques d'enregistrement vidéo ou les grandes plateformes d'archivage, des techniques nouvelles et des méthodes novatrices ont fait leur apparition dans l'arsenal des chercheurs en SHS. Leurs promesses sont grandes. Les possibilités qu'elles ouvrent, souvent révolutionnaires. Pour autant, les biais qu'elles introduisent et les points aveugles qu'elles engendrent, valent d'être identifiés et pensés. De même que les dynamiques nouvelles qu'elles peuvent initier ou relancer à l'intérieur des SHS, comme entre ces sciences et celles de la vie et de la terre, méritent d'être anticipées dans leurs effets, et évaluées dans leurs apports effectifs au savoir. Car si chaque chercheur peut être conscient que la numérisation et les nouveaux moyens d'analyse technique gagneront demain en importance dans le travail des SHS, chacun peut être également persuadé que ces évolutions n'auront quelque intérêt scientifique qu'à condition d'être soumises à la réflexion théorique et conceptuelle.

To get a better understanding of how the techniques, tools and methods enabling researchers to study the social realities will evolve in the coming years and decades. To also anticipate their consequences, be they negative or positive, on the way researchers cooperate, on interdisciplinarity  and on the individual and collective capabilities to analyse reality.

There is no social science without neither an empirical study, nor materials and data collection. Still, this fundamental dimension of the social sciences is deeply changing. From digital humanities to very large collaborative surveys, big data, video recording techniques, or large archive platforms, new techniques and methods have appeared in the social scientists’ toolbox. They bear big promises. The new possibilities they offer are often revolutionary. However, the biases and the blind spots they bring ought to be identified and pondered. Likewise, the new dynamics they can lead to within the social sciences, such as the bridge built between social and natural sciences, deserve to have their contribution to scientific knowledge anticipated and evaluated. For, if any researcher may be aware of the growing importance of digitalization and new analysis techniques in the realm and practice of social sciences, anyone can be equally convinced that these evolutions will only have some scientific interest on the condition of being submitted to theoretical and conceptual reflexion.

Où et quand aura lieu cette session?

Lundi 15 juin, de 9h30 à 12h30, au 105, bd Raspail (Paris 6e) dans l'amphithéâtre François Furet et les salles 7 et 8. Entrée libre. Métro: Saint-Placide (ligne 4) ou N.-D.-des-Champs (ligne 12).

Quels intervenants et quelles interventions?

Pierre-Michel Menger présidera cette session. Il est, depuis 1995, directeur d'études cumulant à l'EHESS et depuis 2013, professeur au Collège de France, où il occupe la chaire de "sociologie du travail créateur". Ses recherches et son enseignement actuels portent sur les arts, sur le travail et les carrières scientifiques et sur les transformations des systèmes d'emploi. Dernier ouvrage paru : The Economics of Creativity (Harvard University Press, 2014).

Franco Moretti  "Patterns"

My paper examines the new tools and methods that are nowadays usually referred to as « digital humanities », focusing on their impact on the study of literature, and on the creation of connections within the social sciences. I begin by addressing the peculiarities of the digital archive, the new « literary » objects generated by algorithms, and the changing relationship between the act of reading and the production of knowledge. But the core of the paper lies in a discussion of the concept of « pattern », of its interplay with the older notions of « form » and « structure », and of the consequences all this will have for our understanding of the social role of literature.

Franco Moretti est professeur d'études littéraires à Stanford University. Il dirige le Stanford Literary Lab dont le but est d'appliquer des méthodes computationnelles dans le domaine de la critique littéraire. Il est notamment l'auteur de Graphs, Maps, Trees: Abstract Models for a Literary History (2005) et de Distant Reading (2013). Son intervention se fera en anglais.

Sandrine Robert • "Un creuset à l’articulation des sciences géo-historiques: l’archéogéographie"

Chez les archéogéographes français, la reconstitution par l’étude régressive d’états successifs du paysage a cédé la place à l’analyse des processus qui transmettent les formes sur la longue durée. La dynamique des organisations spatiales est pensée dans des trajectoires qui rompent avec les conceptions linéaires et cycliques traditionnelles. De nouvelles chronologies, mêlant spatialités et temporalités sont proposées. Ce déplacement s’est accompagné de l’invention de la « carte compilée » qui associe dans un même espace des objets aux temporalités multiples : objets fonctionnels mais aussi traces et potentiels de reprise. Réalisée le plus souvent comme des bases de données dans des systèmes d’information géographiques (SIG), cette nouvelle cartographie permet la reconstitution de dynamiques socio-environnementales articulant sciences historiques, géographiques et environnementales.

Sandrine Robert est archéogéographe, maîtresse de conférences à l'EHESS. Elle a publié Sources et techniques de l’archéogéographie (2011) et Dynamique et résilience des réseaux routiers (2014) avec Nicolas Verdier. Son intervention se fera en français.

Susana Narotzky • "Ethics and collective research in ethnographic projects: dilemmas of responsibility through time and space"

The European framework of research for the social sciences and humanities follows a model of large teams. Within this framework, a hierarchy of relevance has tended to marginalize ethnography as a method. However, ethnography is increasingly used in many disciplines because it provides knowledge about actual existing practice and meaning, which may enable a grounded critique of theory. Doing ethnography within large teams is a challenge that poses many ethical dilemmas. Some underline contradictions between confidentiality requirements and open access to research data. Other underscore disjunctures between ethnography’s practical ethics based on trust and a juridical-formalist approach to ethics based on contract. Finally, controlling the effects of dissemination in the long term is virtually impossible and poses a last harrowing politico-ethical dilemma.

Susana Narotzky est professeure d'anthropologie à l'université de Barcelone et responsable de l'ERC "Grassroots Economics: Meaning, project and practice in the pursuit of livehood". Elle a été présidente de l'European Association of Social Anthropology (EASA). Son intervention se fera en anglais.

Kenneth Pomeranz • "History After Methodological Nationalism:  Problems with Sources and Sources for New Problems"

Doing “empirically and theoretically grounded comparison between distant areas” requires several preliminary tasks. Among others, we must define “distant,” which is not simply a matter of mileage, and define the units that we are comparing. The latter problem involves face two opposite dangers. On the one hand, juxtaposing any specific pair of institutions in isolation risks ignoring the contexts in which they functioned. On the other, we are all aware that positing more or less integrated and clearly bounded “societies” is problematic, though historians continue to do more of this than many other social scientists (and need to, given our intellectual goals). And some comparisons are easier to do and express as measurements than others, they are not necessarily the most significant ones. This paper explores the ways in which comparative history can render such problems manageable, at least provisionally, and the kinds of results one can and cannot expect from these exercises.

Kenneth Pomeranz est historien, professeur à l'université de Chicago. Ses recherches portent principalement sur la Chine et son système économique. Son ouvrage, The Great Divergence, paru en 2000, a suscité de nombreux débats, dont on trouvera un aperçu sur ce site: voir ici. Son intervention se fera en anglais.

Fiche technique: Les sciences sociales au 21e siècle / Humanities and the Social Sciences in the Twenty-first Century • Un colloque interdisciplinaire organisé par l’EHESS • Langues utilisées: le français et l'anglais • Amphithéâtre François Furet et salles 7 et 8 • 105, bd Raspail • Session n°1 (15 juin, 9h-12h30): "La pratique de l'enquête / Techniques of Inquiry".

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